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Les raisons de la guerre interpalestinienne

La plus grande faute d’Arafat


AUTEUR:  Mohssen Massarrat, 8 juin 2007

Traduit par  Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice


La prétention de l’OLP à représenter seule le peuple palestinien au processus d’Oslo dans les années 90 est l’une des causes principales de l’actuel  conflit interpalestinien.

La confrontation qui se déroule en ce moment sous nos yeux en Palestine suit un modèle récurrent depuis 1993 : des « extrémistes » palestiniens sont victimes « d’exécutions » ciblées, des membres du gouvernement arrêtés, des maisons de civils et des bâtiments appartenant à des organisations palestiniennes détruits- puis les chars israéliens arrivent. Officiellement les  frappes israéliennes sont destinées alternativement à intimider et à prévenir le « terrorisme palestinien. »

Quant aux « extrémistes », ils sont interchangeables. Jusqu’à la mort d’Arafat en 2004 c’étaient les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, de Marwan Bargouti, aujourd’hui c’est principalement le Hamas qui payent de leur sang l’aspiration des Palestiniens à l’autonomie, à la dignité, à être libérés de l’occupant. Il y a des années que la seule politique d’Israël - ou presque - consiste à faire la guerre aux gouvernements palestiniens au lieu de négocier avec eux, conformément aux accords d’Oslo et à la feuille de route.

Étudions de plus  près le déroulement du conflit actuel. Le monarque saoudien Abdullah avait réussi en février à mettre un terme à la sanglante querelle qui oppose   le Hamas et l’OLP. Mahmoud Abbas et Khaled Mechaal, le chef du Hamas, avaient pris à la Mecque l’engagement de former un gouvernement d’union - certes sous forte pression politique et avec en contrepartie la promesse de respectables compensations financières. Le 8 février, le Hamas s’était même déclaré prêt à respecter tous les traités signés par l’OLP, y compris les accords d’Oslo, ce qui constituait une reconnaissance implicite de l’État d’Israël. Cela ne fit ni chaud ni froid au Premier ministre israélien, Ehoud Olmert ; pour lui le gouvernement palestinien n’était toujours pas un interlocuteur valable. Au lieu de faire preuve de bonne volonté il joua la provocation par des frappes ciblées contre la population civile et les membres du Hamas et finit par obtenir ce qu’il souhaitait : l’escalade. Le 24 avril, après la mort de neuf Palestiniens, la direction du Hamas dénonçait la trêve unilatérale qu’elle respectait depuis novembre 2006. Depuis le Hamas a repris ses tirs de missiles Qassam contre Israël, qui de son côté envenime l’affrontement par des opérations militaires et l’arrestation de ministres du Hamas. En outre les activistes du Hamas et de l’OLP se livrent des combats, si bien que la Palestine est au bord de la guerre civile, où Israël jouerait le troisième larron, à sa grande satisfaction. Si l’on devait en arriver là, c’en serait fini du rêve d’une Palestine indépendante.

Le mouvement islamique a hérité d’un nationalisme usé jusqu’à la corde

Bien sûr Israël n’est pas le seul responsable de ce désastre, au motif que l’idéologie sioniste exclurait l’existence d’un État palestinien. Les Etats-Unis le sont tout autant, qui ont mené un partenariat stratégique avec Israël, tête de pont de leur hégémonie au Moyen-Orient. Et aussi l’UE, qui s’est faite la marionnette d’Israël jusqu’à se renoncer elle-même - l’arrêt des subventions européennes a versé de l’huile au feu des divergences interpalestiniennes. Et l’on ne peut exonérer de leur responsabilité Yasser Arafat et l’OLP  qui, en se prétendant les uniques représentants du peuple palestinien, ont sacrifié sa souveraineté sur les autels des accords d’Oslo, d’emblée fragiles.

Rappelons-nous les circonstances où ont été conclus les accords d’Oslo. En 1987 la première Intifada éclatait dans les territoires occupés. En 1988 des organisations humanitaires palestiniennes autonomes dans la bande de Gaza donnaient naissance au Hamas, dans un premier temps toléré par Israël dans l’espoir qu’il aboutirait à un affaiblissement de l’OLP et à une scission entre Palestiniens.  L’OLP, alors exilée en Tunisie, perçut immédiatement le danger que comportait la concurrence avec une nouvelle génération de Palestiniens, de surcroît islamiste, dont l’idéologie commençait à prendre la relève, dans le monde arabe, d’un nationalisme panarabe usé jusqu’à la corde- et ceci à une vitesse folle.

Arafat et l’OLP allèrent vite en besogne, trop vite. Ils firent tout pour conserver leur légitimité dans les territoires occupés face à la nouvelle force politique qui s’y développait.  Jusque-là l’autorité incontestée de l’OLP se fondait sur le soutien de millions de Palestiniens exilés ainsi que celui des pays arabes, tandis que le Hamas accroissait chaque jour son prestige par son travail social et la résistance qu’il menait sur place.

En toute hâte le chef de l’OLP proclama à Alger, en 1988, « l’indépendance de l’État palestinien », renonça solennellement un mois plus tard au terrorisme devant l’Assemblée des Nations Unies et peu après entama des négociations secrètes avec l’État d’Israël, qui aboutirent à sa reconnaissance  quatre jours avant les accords d’Oslo. Le grand mérite d’Arafat fut de convaincre la totalité du Conseil national  palestinien de la pertinence de cette démarche. Mais en contrepartie Israël ne reconnaissait que l’OLP et non l’ensemble des représentants du peuple palestinien. Arafat plaçait sa propre souveraineté au-dessus de la souveraineté populaire et ce fut, historiquement, sa plus grande faute et la plus inexcusable. Car les négociateurs israéliens - Itzhak Rabin et Shimon Pérès- avaient tout fait pour exclure du processus d’Oslo le Hamas dont l’attitude était maintenant radicalement anti-israélienne. Arafat se fit prendre à ce piège, au lieu de chercher un consensus interpalestinien, certes plus difficile à trouver, et de signer sur cette base un accord de paix avec Israël qui  aurait lié le Hamas. C’était en effet, à l’époque, non seulement l’avenir de l’OLP, mais de celui de tous les Palestiniens qui était en jeu. Mais exclure le Hamas, c’était  - conformément au souhait d’Israël - exclure toute une partie du peuple palestinien.

Voilà qui non seulement portait atteinte au principe démocratique de la souveraineté populaire, mais encore permit à Rabin et Pérès, en raison de la légitimité insuffisante dont disposait Arafat et de la faiblesse qu’il s’était ainsi donnée, d’obtenir un accord qui comblait tous les vœux d’Israël, tandis que les Palestiniens devaient se contenter de gestes symboliques. Leurs principales revendications (État indépendant avec pour capitale Jérusalem-Est, dissolution  des colonies juives, droit au retour des réfugiés) ne reçurent comme réponse que des déclarations d’intention non contraignantes. Pire encore : complètement tenu à l’écart des négociations d’Oslo, le Hamas se vit de facto contraint de rejeter en bloc les accords qui les conclurent, de déclarer que l’existence  d’Israël n’était pas négociable et de radicaliser de plus en plus la forme de ses luttes, jusqu’aux attentats-suicide.

Plus de tort à la démocratie qu’Al Qaïda ne pourra jamais en causer

La scission entre Palestiniens se trouva ainsi institutionnalisée. Le calcul d’Arafat - couper l’herbe sous le pied du Hamas en améliorant rapidement les conditions de vie des Palestiniens et en leur accordant davantage de droits - échoua. Il ne restait plus d’autre choix au Hamas, s’il voulait survivre, que d’agir aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur comme si l’Autorité palestinienne n’existait pas et sans  endosser de responsabilité envers la totalité de la population, et de réduire à néant toujours et partout les doux rêves d’Arafat et de l’OLP. Cette dissension offrit  à tous les gouvernements israéliens - de Rabin à Olmert en passant par Netanyahou - une belle occasion de provoquer au moyen d’un terrorisme d’État ciblé et soigneusement dosé un contre-terrorisme des Palestiniens radicaux (depuis les Brigades d’Al-Aqsa jusqu’au Hamas) et de précipiter l’Autorité palestinienne sous la présidence d’Arafat, puis de son successeur Abbas, dans une succession de crises.

Ce n’est pas la première fois que la prétention à représenter seul tout un peuple et l’atteinte à la souveraineté populaire faisaient le lit de la terreur : l’exclusion de la minorité catholique en Irlande du Nord valut au pays un sanglant terrorisme, les Moudjahiddines du Peuple, évincés du pouvoir  en Iran après la Révolution islamique en 1979 furent contraints par dizaines de milliers à la clandestinité  et  à l‘exil où ils devinrent pendant des années les sbires de Saddam Hussein et des USA. Et  enfin la prétention du parti unique algérien, le FLN, à être le seul représentant de la nation conduisit à l’annulation - du reste approuvée par la France et les autres démocraties occidentales - des élections de 1992  et déclencha la guerre civile avec le Front Islamique de Salut (FIS) dont furent victimes des centaines de milliers d’Algériens.

En donnant la victoire au Hamas le 25 janvier 2006, à l’issue des élections les plus libres qu’ait jamais connues la Palestine,  la majorité des Palestiniens n’a pas seulement rejeté une OLP corrompue, mais aussi refermé la brèche que la mort d’Arafat avait laissée ouverte dans la démocratie et la souveraineté populaire. Mais voici qu’arrivèrent Condoleezza Rice, Angela Merkel et toutes les élites de l’UE - c’est à dire les représentants de ces démocraties occidentales, qui prétendent enseigner la démocratie aux Arabes - et qu’ils boycottèrent systématiquement le gouvernement du Hamas, démocratiquement élu.  Une trahison lourde de conséquences envers les principes universels de la démocratie et de la souveraineté populaire. Et même plus : Rice, Merkel et les autres, en  boycottant au plan  financier et politique, dans un premier temps le Hamas et ensuite le gouvernement d’union nationale palestinien, ont contribué à faire perdre à des milliards de gens, bien au-delà des frontières du monde arabe, leur foi dans la démocratie occidentale et dans l’avenir de la démocratie. Les prétendues élites démocratiques occidentales, par leur soutien inconditionnel à la politique du « diviser pour régner » menée par Israël, sont coresponsables  de la pérennisation du conflit israélo-palestinien. Ce faisant elles ont causé plus de tort à la démocratie que ne pourront jamais le faire ses ennemis déclarés, comme Al Qaïda.



Original : http://www.freitag.de/2007/23/07230901.php
Sur l'auteur
 Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
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TERRE DE CANAAN: 15/06/2007

 
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